Nos postes sont menacés. Ce n’est plus une rumeur.Un texte est en cours d’examen au Conseil d’Etat.
Chère collègue, cher collègue,
Ce message vous concerne directement — votre poste, votre statut, votre indépendance professionnelle, et les élèves a qui vous consacrez votre quotidien.
Nous vous écrivons parce que vous avez le droit de savoir ce qui se prépare. Et parce que la fenêtre pour agir est courte.
| 1 | Ce qui se passe — concrètement |
Depuis des années, certains responsables politiques cherchent a transférer nos postes de l’Etat vers les Conseils départementaux. Chaque fois, la mobilisation collective l’a empêché. Mais aujourd’hui, nous avons franchi un seuil que nous n’avions jamais atteint.
| Un projet de loi visant a décentraliser nos postes est actuellement soumis au Conseil d’Etat. Ce n’est plus un rapport de commission ou une idée en l’air. C’est une procédure administrative officielle, en cours, a l’heure ou vous lisez ces lignes. |
Pourquoi c’est grave — et pourquoi c’est maintenant :
Le Conseil d’Etat est la plus haute juridiction administrative française. Avant d’entrer en vigueur, certains textes lui sont soumis pour avis. Une fois cet avis rendu, le texte est présente en Conseil des ministres et dépose au Parlement — prévu en juin 2026. C’est la que tout peut se jouer. Un amendement sur les infirmières scolaires peut être glisse dans le texte lors des débats, vote en séance en quelques minutes, sans consultation, sans bruit.
C’est exactement ce scenario que nous devons prévenir — maintenant, avant que le texte n’arrive au Parlement.
| Le processus — étape par étape : Le gouvernement rédige son texte — loin des médias. Il le soumet au Conseil d’Etat pour avis. Le Conseil d’Etat rend un avis favorable. Le texte est publié au Journal officiel. Aucun vote nécessaire. La décentralisation entre en vigueur. Revenir en arrière devient presque impossible. |
La seule fenêtre efficace pour agir, c’est maintenant — avant que le Conseil d’Etat rende son avis
| 2 | Ce que « décentralisation » veut dire pour vous |
On ne vous dira jamais le mot « décentralisation ». On parlera de « pôles départementaux », de « meilleure coordination », de « proximité ». Voici ce que cela signifie vraiment :
- Votre employeur change. Vous dépendrez du President de votre Conseil départemental, pas de l’Education nationale.
- Votre mobilité est bloquée. Fini les mutations inter-académiques. Vouloir partir = démissionner et recommencer de zéro ailleurs.
- Votre indépendance est fragilisée. Face a un cas de maltraitance ou de souffrance psychique, votre employeur sera un élu local soumis a des pressions politiques que l’Etat ne subit pas.
- Votre mission peut être redéfinie. Les départements vous veulent pour votre polyvalence. Ils vous affecteront la ou leur budget en a besoin — pas nécessairement auprès des élèves.
- Le secret professionnel est sous tension. Dans des pôles mélangeant logiques médicales, sociales et éducatives, la confidentialité des données de sante de vos élèves sera structurellement difficile a garantir.
| 3 | Ce que nous risquons de perdre — et ce que nous vivons déjà |
Notre polyvalence est notre fierté. Ne la laissons pas devenir notre tombeau.
Nous sommes le seul professionnel de sante présent chaque jour dans l’établissement. Pas un intervenant qui passe. Pas un expert qui consulte sur rendez-vous. Un membre a part entière de la communauté éducative. Nous sommes le pont entre le monde pédagogique et le monde de la sante — parce que l’on n’apprend pas si l’on ne va pas bien.
Si notre hiérarchie est décentralisée, nous ne ferons plus partie de l’équipe. Nous deviendrons des intervenantes. Expertes, certes. Mais extérieures. Et les élèves, ils le sentiront. Nous serons encore moins visibles.
Ce n’est pas une reforme de l’organisation. C’est une rupture de service public.
| Et beaucoup d’entre nous le vivent déjà, ce sentiment. On rentre le soir en sachant qu’on n’a pas pu faire assez. Pas parce qu’on n’a pas voulu — parce que les moyens n’étaient pas la. L’enfant qu’on n’a pas pu voir. Le suivi qu’on n’a pas pu assurer. Ce sentiment de mal faire, il ronge. C’est une souffrance professionnelle réelle, que personne ne nomme jamais. La décentralisation ne fera qu’aggraver cela. Dispersées, isolées, soumises a des priorités budgétaires locales — nous soignerons encore moins bien. Ce n’est pas acceptable. |
Et pendant ce temps, le gouvernement annonce un plan national de santé mentale a l’école. Nous posons la question a voix haute : comment ce plan peut-il fonctionner avec des infirmières décentralisées ? La santé mentale a l’école, c’est une présence continue, une confiance construite dans la durée. C’est nous. Pas un prestataire du Conseil départemental.
Derrière la question technique de qui paie nos salaires, il y a une question bien plus grande : quel choix de société faisons-nous ? Voulons-nous une école qui instruit seulement — ou une école qui prend soin ? Décider que les soignants n’en font plus partie, ce n’est pas un choix d’organisation. C’est un choix de civilisation.
| » On ne peut pas vouloir une école qui prend soin, et décider que les soignants n’en font plus partie. « |
| 4 | Un prétendu motif d’économies qui ne tient pas |
Notre masse salariale totale représente moins de 0,1 % du budget de l’Education nationale. On s’apprête a désorganiser un service public essentiel, a briser des milliers de carrières et a creuser des inégalités durables entre territoires — pour une économie invisible dans les comptes.
Et dans des zones rurales entières, nous sommes parfois le seul professionnel de sante accessible a des enfants qui n’ont plus de médecin traitant. Décentraliser nos postes, c’est aggraver une crise sanitaire que personne n’a les moyens de résoudre par ailleurs.
| 5 | Ce que fait le SNIES — et ce que vous pouvez faire |
Nous avons adressé une lettre ouverte au Ministre Geffray, publiée ce jour. Nous lui rappelons ses propres mots du 4 novembre 2025 — quand il nous appelait « notre fierté » — et nous lui demandons d’être cohérent avec sa parole.
| Lire et partager la lettre ouverte au Ministre Geffray https://ahp.li/067fdd7a6a7186abf1c7.pdf |
| Ce que vous pouvez faire des aujourd’hui : Partagez cette information et la lettre ouverte — a vos collègues, a votre équipe de direction, aux enseignants, aux parents d’élèves.Parlez-en autour de vous — beaucoup d’infirmières ne savent pas encore ce qui se prépare.Contactez votre parlementaire (député ou sénateurs de votre département) — une infirmière qui interpelle son élu localement, ça compte.Remontez toute information sur des évolutions dans votre département ou votre académie. |
| Gwenaelle Durand Secrétaire Générale — SNIES UNSA Education snies@unsa-education.org Lundi 30 mars 2026 |
Nous sommes 8 000. Ce qui nous protège, c’est d’agir ensemble — et d’agir maintenant

