Catégorie A, payées au rabais, empêchées de soigner : la double peine des infirmières de l’Éducation nationale
À l’orée des vacances, des milliers d’infirmières de l’Éducation nationale veulent exercer leur métier l’été, quand le pays manque cruellement de soignantes. Un texte le leur interdit. Décryptage et revendications.
L’essentiel
Catégorie A au rabais. Les infirmières de l’Éducation nationale (INFENES) sont classées catégorie A depuis 2012, mais restent parmi les infirmières les moins bien payées de France : régime indemnitaire très inférieur aux autres catégorie A, non éligibles aux primes enseignantes, salaire médian d’environ 1 800 € nets.
Un besoin criant, cet été. Au printemps 2026, l’ARS d’Île-de-France a dû autoriser des CDD d’infirmiers assortis de primes atteignant 7 000 €, face à près de 3 000 postes vacants et 20 % de lits fermés.
Le verrou. L’activité de soins ne figure pas sur la liste limitative des activités cumulables (art. R. 123-8 du Code général de la fonction publique) — quand cette même liste autorise le cumul d’« enseignement » pour les professeurs.
Un droit à géométrie variable
Chaque année, des INFENES demandent l’autorisation d’exercer comme infirmières pendant la fermeture des établissements : remplacements en libéral, vacations en EHPAD ou en clinique, postes de soins en colonie. Les réponses sont profondément inégales selon les académies : accords, refus, ou le plus souvent aucune réponse. Une même demande, fondée sur les mêmes textes, connaît une issue différente d’un rectorat à l’autre. Cette rupture d’égalité entre agents d’un même corps, relevant du même employeur, n’est pas tolérable.
Une « catégorie A » au rabais
Sur le papier, la catégorie A reconnaît un haut niveau de qualification. Sur la fiche de paie, le compte n’y est pas — d’abord par le régime indemnitaire. L’IFSE des INFENES demeure très inférieure à celle des autres corps de catégorie A. Le complément de traitement indiciaire (CTI) du Ségur, lui, n’a été intégré à leurs grilles qu’au 1er mai 2024, près de quatre ans après les infirmières hospitalières. Résultat : un salaire médian de l’ordre de 1 800 € nets, et une profession qui tombe dans l’angle mort des deux régimes — ni alignée sur les soignantes hospitalières, ni sur les personnels enseignants.
Un besoin criant de soignantes — et des bras qu’on empêche
L’été est la période de tension maximale du système de santé. Les signaux 2026 sont sans ambiguïté :
- Des primes record pour attirer des infirmières. Au printemps 2026, l’ARS d’Île-de-France a déployé un dispositif autorisant hôpitaux, cliniques et EHPAD à recruter en CDD avec des primes pouvant atteindre 7 000 €, pour près de 3 000 postes vacants et 20 % de lits fermés.
- L’infirmier, première priorité de recrutement dans la fonction publique hospitalière (74 % des centres hospitaliers, selon la FHF).
- Les EHPAD et le médico-social en alerte estivale, réclamant des plans d’urgence pour passer l’été.
L’absurdité, en une phrase
L’État paie jusqu’à 7 000 € de prime pour attirer des infirmières en renfort — et, dans le même temps, interdit à des milliers d’infirmières diplômées d’État, disponibles, de venir soigner. Pénurie payée à prix d’or d’un côté, ressource bloquée de l’autre.
Deux poids, deux mesures
La liste des activités cumulables autorise expressément, en son 2°, « l’enseignement et la formation » : l’activité d’appoint naturelle d’un enseignant. Le cœur de métier des enseignants est couvert ; celui des infirmières est exclu. À situation comparable, le droit réserve une issue favorable aux uns et une impasse aux autres. Et cette interdiction contredit autant la déontologie infirmière, qui reconnaît le cumul de soins, que la loi du 27 juin 2025 qui a consacré l’autonomie de la profession et la spécialité INFENES.
Ce que nous demandons — et ce que nous ne demandons pas
Notre première revendication reste une vraie catégorie A. Le droit au cumul ne s’y substitue pas : il s’y ajoute. Aucune infirmière ne devrait avoir à exercer un second emploi pour vivre décemment.
Il ne s’agit pas de « travailler plus pour gagner plus », mais de la liberté d’exercer une compétence reconnue, et d’une réponse à un besoin de santé publique. Un État qui met en avant la valeur travail et dépense des sommes considérables pour pourvoir les postes vacants ne peut pas, en même temps, empêcher de travailler celles qui le souhaitent.
Nos revendications
- À effet immédiat — une instruction de la DGRH aux rectorats, avant l’été, harmonisant le traitement des demandes et garantissant une réponse écrite et motivée à chacune.
- La sécurisation des renforts estivaux de soins, sur la base du volontariat, en structures publiques et médico-sociales.
- L’inscription de l’activité de soins sur la liste de l’article R. 123-8 du CGFP, sur le modèle de l’ajout du transport scolaire (décret n° 2022-1695).
- Et, au-delà — une vraie catégorie A : aligner le régime indemnitaire des INFENES sur celui des autres catégorie A.
Pour aller plus loin
Lire la lettre ouverte adressée au ministre : consulter le PDF.
Textes de référence : articles R. 123-7 à R. 123-13 du CGFP (liste des activités accessoires) · loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier · Service-Public : cumul d’activités.
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