Dialogue social · Compte rendu
Jeudi 3 septembre 2026, 10h-11h, 110 rue de Grenelle · Compte rendu aux adhérent·es et aux secrétaires académiques
Le SNIES-UNSA Éducation a été reçu ce jeudi 3 septembre au cabinet du ministre par Marjorie Koubi, conseillère secteur social, et Jean-François Bonasso, conseiller école inclusive. La délégation était composée de Gwenaelle Durand, Secrétaire Générale, Marie-Line Voredini et Magalie Cristofoli. Une heure d’échange, cinq dossiers, et toujours la même méthode : saluer ce qui avance, montrer ce qui bloque, apporter une solution applicable. Nous avons été écoutées, attendues et remerciées pour nos propositions. Voici ce que nous avons porté, en votre nom, et ce que nous en retenons.
Document établi à partir du dossier de la délégation, de la vidéo de sortie et des notes prises en séance. Les réponses du cabinet sont rapportées telles qu’elles ont été notées.
1. La méthode qui marche : le cumul d’activité
Nous avons ouvert l’échange en remerciant le cabinet pour la note DGRH du 17 juillet 2026, obtenue à la suite de notre lettre ouverte au ministre. Elle confirme que les INFENES peuvent cumuler leur activité avec un exercice en dehors de leurs obligations de service : c’est la reconnaissance de notre statut de professionnel·les de santé à part entière, et la preuve que le dialogue produit des résultats.
Nous avons aussi dit clairement ce que ce cumul révèle : quand des collègues ont besoin de travailler davantage, c’est un signal de mauvaise santé de la profession, un signal d’alerte sur nos conditions de travail et de rémunération. Le cabinet l’a entendu.
Reste le dernier verrou : l’article 11 du décret n° 2020-69 n’inscrit pas l’activité de soins parmi les activités accessoires autorisées, et l’exigence conventionnelle de 3 200 heures en structure de soins rend l’exercice libéral inaccessible à la quasi-totalité d’entre nous. Nous avons demandé la modification du décret et le traitement de cette exigence avec le ministère de la Santé.
Réponse du cabinet. La note du 17 juillet n’est pas limitée dans le temps et des consignes ont été données aux recteurs et rectrices. En revanche, le cabinet ne cache pas les difficultés : la révision du décret 2020-69 est compliquée et pose un problème de temporalité ; l’exercice libéral et l’exercice en structure à but non lucratif relèvent de textes transversaux du ministère de la Santé ; et l’exonération des 3 200 heures n’est pas possible en l’état. Le cabinet propose de reprendre ce dossier en lien avec la redéfinition des missions de l’infirmière scolaire. Il s’engage sur une évaluation du cumul à six mois, en janvier-février : combien de collègues, où, par quel biais, avec quelles limites et quelles difficultés. Nous y apporterons nos remontées de terrain.
2. Loi infirmière : l’appliquer enfin à l’Éducation nationale
La consultation infirmière autonome est effective partout depuis le 30 juin 2026, en ville comme à l’hôpital, sauf pour les infirmières de l’Éducation nationale, que les textes d’application ne déclinent toujours pas. Notre exigence est simple : être des infirmières comme les autres.
Nous avons porté la consultation infirmière avec un temps dédié et protégé : que vous ayez le temps de voir les élèves et que vous ne soyez plus dérangées sans arrêt pendant ce temps précieux. On n’interrompt pas un professeur pendant son cours ; on ne doit pas interrompre une infirmière pendant un soin. Nous avons rappelé l’ordre des choses : la loi doit d’abord être reconnue et déclinée pour l’Éducation nationale, et c’est sur ce socle que les missions pourront évoluer. Nous ne validerons pas de nouvelles missions adossées à une loi qui ne nous est pas encore appliquée.
Nous avons été très écoutées sur ce point. Le cabinet a été saisi d’une demande de portage politique clair avant la réunion DGRH du lundi 14 septembre, qui doit permettre de relire ces textes et de définir comment les appliquer à l’Éducation nationale. Comptez sur la présence du SNIES pour y porter nos revendications. Nous avons rappelé que les infirmières de l’Éducation nationale ont été précurseures et qu’il faut aller plus loin dans la montée en compétences.
Réponse du cabinet. Le cabinet a noté l’exigence d’un temps dédié à la consultation infirmière. Il souhaite que le SNIES soit consulté sur les nouvelles missions qui pourraient découler de la loi : orientation vers les spécialistes, possibilité de prescrire bilans, vaccins et rappels. La réunion du 14 septembre portera sur les missions à l’Éducation nationale et sur la relecture des textes, avec une législation interministérielle à revoir. Des travaux s’ouvriront aussi sur la formation et la qualification des INFENES (formation initiale, diplômes, parcours professionnel et statutaire), dans un objectif d’uniformisation. Sur la pratique avancée, les questions restent ouvertes : quels types d’IPA, pour qui, dans quelles conditions.
3. Postes et moyens de la rentrée
La pression que nous subissons est connue : trop d’élèves, pas assez de jours de présence dans chaque établissement, des secteurs trop étendus. Notre demande est constante : réduire les secteurs, une infirmière dans chaque établissement, des remplacements systématiques pour que plus jamais une absence ne ferme une infirmerie, et une attention particulière au premier degré.
Face à l’argument de la baisse démographique et du recul du nombre d’élèves dans les établissements, le SNIES a rappelé que les élèves d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’il y a vingt ou trente ans. Les besoins en santé ont considérablement évolué, et l’environnement sanitaire et médical a complètement changé. Il y a vingt ou trente ans, le médecin généraliste assurait des consultations complètes ; aujourd’hui, les consultations sont rares, on consulte moins son généraliste, mais les besoins en santé demeurent, et les attentes des élèves et des familles dans le domaine de la santé sont très importantes. Quand le temps médical se raréfie, l’accompagnement des élèves et des familles et la prévention prennent tout leur sens et deviennent d’autant plus essentiels. Le paysage de la santé a profondément changé : ce n’est pas parce qu’il y a moins d’élèves qu’il faut moins d’infirmières, bien au contraire.
Nous l’avons appris ce matin : le ministre porte au plus haut niveau une augmentation du nombre de postes pour les personnels infirmiers. Le SNIES soutient cette mesure et l’accueille favorablement. Nous avons demandé que cet effort, prévu pour 2027, soit la première marche d’un plan pluriannuel de créations de postes et de revalorisation indemnitaire, avec un objectif clair : atteindre 15 000 INFENES dans cinq ans. Le cabinet indique qu’une proposition pourrait intervenir en 2026, si possible, et qu’elle est en réflexion. Les créations de postes annoncées concernent, au titre de la démographie, les infirmières mais aussi les professeurs, les assistantes sociales et les psychologues. Nous serons vigilantes sur la traduction concrète pour notre corps.
4. La reconnaissance indemnitaire
Nous savons reconnaître ce qui a été fait : l’équivalent du CTI du Ségur au 1er mai 2024 et la revalorisation d’IFSE de 2023. Mais il faut nommer ces mesures pour ce qu’elles sont : un rattrapage, pas une revalorisation, et aucune mesure n’est intervenue depuis mai 2024. Notre régime indemnitaire reste très en deçà de celui des autres corps de catégorie A du ministère, alors que la loi infirmière, le coupe-file santé mentale et le questionnaire VSS élargissent nos responsabilités.
Nous avons porté un effort sur l’indemnitaire et un CIA égalitaire partout, avec moins de différences entre académies. Nous devons être honnêtes avec vous : avec les contraintes budgétaires, le ministère ne s’est pas engagé formellement sur ce point. Nous avons insisté sur le fait que la reconnaissance indemnitaire doit précéder les missions nouvelles, pas leur courir après, et que la loi infirmière doit être l’occasion de redonner du sens, de l’intérêt et de la motivation à notre métier. Ce dossier reste ouvert et nous le porterons publiquement.
Réponse du cabinet. Le cabinet se dit conscient de la rémunération des infirmières et salue le travail accompli, mais décrit une réalité budgétaire très compliquée et refuse de porter des promesses qu’il ne pourrait pas tenir. Une revalorisation catégorielle est jugée quasi impossible ; s’il y a une marge, elle sera plutôt indemnitaire que catégorielle, avec une proposition envisagée en 2026 si possible. Nous prenons acte de cette franchise et maintenons notre demande : la reconnaissance indemnitaire doit précéder les missions nouvelles.
5. Santé mentale : réussir le coupe-file
Nous saluons la circulaire du 29 juin 2026 et la reconnaissance explicite du rôle d’évaluation et d’orientation de l’INFENES, en cohérence avec la consultation infirmière. Nous avons porté le besoin de procédures beaucoup plus claires sur le dispositif coupe-file, et l’urgence de la santé mentale des élèves, avec trois conditions de réussite : des créations de postes et une formation adossées à la charge nouvelle, un bilan contradictoire à six mois des conventions ARS-rectorat, et le maintien de l’ancrage Éducation nationale, l’infirmière restant l’actrice de premier recours dans l’établissement. Sur les pôles départementaux, notre position reste la même : un pôle-ressource, pas un pôle-tutelle.
Réponse du cabinet. Le cabinet reconnaît l’urgence du coupe-file santé mentale et admet qu’il n’existe pas encore de réel protocole ni de pratiques établies : comment faire, avec quelle communication des rectorats ? Il identifie lui-même le problème du 15 et celui des conventions. Aucune réponse n’a été notée sur les pôles départementaux ni sur le bilan contradictoire à six mois : nous les redemanderons.
6. Questionnaire VSS : réussir, donc préparer
Les violences sexuelles et sexistes sont au cœur de nos missions et il est indispensable que nous recueillions la parole des élèves. Nous saluons l’initiative du ministre, mais en santé, on ne lance jamais un dépistage sans avoir organisé la prise en charge en aval. Nous avons été force de propositions avec un dossier complet de mesures concrètes, portant sur le calendrier, la prise en charge en aval, la reconnaissance du référent VSS et la formation des personnels de santé avant la passation.
Nous avons été très écoutées. Le dossier complet sera défendu au groupe de travail DGESCO du mardi 8 septembre ; nous en publierons le détail à l’issue de ce groupe de travail.
Réponse du cabinet. Le questionnaire concernera les élèves de la grande section à la terminale. Le cabinet a pris note de nos points d’alerte, en particulier sur le référent VSS, sur la temporalité et sur la formation. Il reconnaît la difficulté, notamment sur le dépouillement, et engage une réflexion. Pas d’arbitrage sur le calendrier à ce stade : c’est l’enjeu du 8 septembre.
Les prochains rendez-vous. Mardi 8 septembre : groupe de travail DGESCO sur le questionnaire VSS. Lundi 14 septembre : réunion DGRH sur l’application de la loi infirmière à l’Éducation nationale. Janvier-février 2027 : évaluation à six mois du cumul d’activité. Nous vous rendrons compte de chacun.
Le lendemain, la Conférence nationale du handicap publiait 115 pages sans nommer une seule fois les infirmier·ères de l’Éducation nationale. Le contraste avec l’écoute du cabinet est saisissant, et il dit l’ampleur du travail de reconnaissance qui reste à faire.
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