Consultation infirmière : un temps à protéger

Les revendications du SNIES · Épisode 1

Consultation infirmière : un temps à protéger

L’académie de Clermont-Ferrand montre que c’est possible, dès maintenant.

Chaque lundi jusqu’aux élections professionnelles, le SNIES-UNSA Éducation vous présente une de ses revendications. Nous ouvrons la série avec celle que vous attendez le plus : un temps dédié et protégé pour la consultation infirmière. Et nous avons une bonne nouvelle : une première académie vient de l’écrire noir sur blanc.

L’essentiel en quatre points

  • La consultation infirmière est reconnue par les nouveaux textes de la profession. Pour nous, c’est une pratique quotidienne et ancienne.
  • Ce qui manque, ce n’est pas la mission : ce sont le temps et les conditions pour l’exercer correctement.
  • Le SNIES-UNSA Éducation est le seul à revendiquer un temps dédié et protégé. Nous l’avons porté devant la DGRH le 14 septembre 2026.
  • Le 10 septembre 2026, la rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand a demandé aux chefs d’établissement d’organiser « des temps et des espaces exclusivement dédiés à la consultation infirmière ».

Une pratique que nous exerçons déjà, chaque jour

Les nouveaux textes de la profession infirmière (loi du 27 juin 2025, décret et arrêtés d’application) reconnaissent désormais clairement la consultation infirmière et le diagnostic infirmier. Pour les infirmières de l’Éducation nationale, ce n’est pas une nouveauté : nous recevons chaque jour des élèves, nous les écoutons, nous évaluons leur situation, nous apportons une réponse et nous assurons leur suivi.

Mais une question reste posée : dans quelles conditions pouvons-nous réellement mener ces consultations ?

Une consultation ne peut pas se résumer à quelques minutes prises entre une urgence, un appel téléphonique, le suivi d’un PAI ou une autre sollicitation. Quand un élève vient parler de son mal-être, de violences, de sa santé ou d’une situation personnelle difficile, il faut pouvoir lui consacrer du temps, l’écouter vraiment et travailler dans de bonnes conditions de confidentialité.

Ce que le SNIES-UNSA Éducation revendique

Défendre la consultation infirmière, tout le monde le dit. Le SNIES-UNSA Éducation est le seul à revendiquer ce qui la rend possible :

  • un temps identifié et dédié à la consultation infirmière ;
  • un temps protégé des interruptions et des autres sollicitations ;
  • des conditions garantissant la confidentialité des échanges ;
  • la prise en compte de ce temps dans l’organisation réelle du travail infirmier ;
  • un cadre commun au niveau national, pour que cette consultation puisse être exercée dans de bonnes conditions partout.

Ce n’est pas demander une nouvelle mission. C’est donner aux infirmières les moyens de faire correctement ce qu’elles font déjà, et ce que les textes reconnaissent aujourd’hui.

Cette demande, nous l’avons portée le 14 septembre 2026 devant la DGRH du ministère, lors du groupe de travail consacré à la déclinaison des textes infirmiers à l’Éducation nationale. Nous avons été les seuls à le faire.

Clermont-Ferrand : la preuve que c’est possible

Le 10 septembre 2026, la rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand a adressé un courrier à l’ensemble des chefs d’établissement, des secrétaires généraux d’établissement et des infirmières de l’académie. Son objet : « Évolution du métier-socle infirmier. Organisation des activités des infirmiers scolaires ».

À notre connaissance, c’est la première académie à franchir ce pas. Voici ce qu’écrit la rectrice :

« Je souhaite que soit concertée une répartition des activités des infirmiers, de façon à organiser des temps et des espaces exclusivement dédiés à la consultation infirmière. Ces temps seront clairement affichés dans les emplois du temps et communiqués à la communauté éducative. »
Courrier de la rectrice de l’académie de Clermont-Ferrand, 10 septembre 2026

Le courrier va plus loin. Il rappelle que l’évolution des textes « élargit le champ de compétences, d’activités et de prescriptions, renforce le rôle propre, réaffirme le diagnostic infirmier » et qu’elle confirme la consultation infirmière comme « outil d’expertise » au service d’une « démarche de haut raisonnement clinique ». Il souligne que ce nouveau cadre « sécurise la pratique » des infirmières, notamment pour le suivi de la santé des élèves et la prise en charge de la douleur par la prescription et l’administration d’antalgiques.

Ce que nous saluons

Un temps et un lieu dédiés

Des temps « exclusivement dédiés », et aussi des espaces : la confidentialité est prise au sérieux.

Un temps visible de tous

Affiché dans les emplois du temps et communiqué à la communauté éducative : la consultation devient lisible et légitime pour toute l’équipe.

Une expertise reconnue

Rôle propre, diagnostic infirmier, raisonnement clinique, prise en charge de la douleur : le courrier nomme ce que nous faisons.

Des moyens matériels rappelés

Application métier LIEN, conduite des dépistages, équipement des infirmeries : les chefs d’établissement sont invités à y veiller.

La formation anticipée

Les besoins seront identifiés par le réseau des conseillères techniques, en lien avec l’EAFC.

Une académie qui n’attend pas

Le rectorat agit « dans l’attente de précisions de la DGESCO ». Une déclinaison locale est donc possible tout de suite.

Nos points de vigilance

Saluer une avancée n’empêche pas de la regarder lucidement. Pour que ce courrier change vraiment le quotidien des collègues, plusieurs conditions restent à réunir.

Un souhait, pas encore une règle

La rectrice « souhaite » une répartition « concertée ». Tout se jouera dans chaque établissement. Les collègues doivent être soutenues dans cette concertation, et non laissées seules face à leur hiérarchie.

Le libre accès des élèves

Le temps dédié doit s’ajouter à l’accueil libre, jamais le remplacer. L’urgence passe toujours avant tout.

Le premier degré et les postes mixtes

Le courrier s’adresse aux établissements du second degré. L’organisation du temps dédié pour les collègues en poste mixte et dans les écoles reste à construire.

Les moyens humains

On ne protège pas du temps sur un emploi du temps déjà saturé sans renforts. Le temps dédié va de pair avec notre demande d’un plan pluriannuel de créations de postes pour atteindre 15 000 infirmières de l’Éducation nationale.

Temps dédié ne veut pas dire porte fermée

C’est l’objection que l’on nous oppose parfois : réserver du temps à la consultation reviendrait à fermer la porte de l’infirmerie. C’est tout le contraire.

L’accueil libre des élèves reste le cœur de notre métier. Mais une porte ouverte en permanence, c’est aussi une consultation interrompue en permanence. L’élève qui confie des violences, un mal-être ou une situation familiale difficile a droit à une infirmière entièrement disponible pour lui, dans un lieu où personne n’entre au milieu de sa phrase.

Accueil libre et temps protégé ne s’opposent pas : ils se complètent. C’est exactement l’équilibre que propose le courrier de Clermont-Ferrand, en parlant d’une « répartition des activités ».

Ce que nous demandons maintenant

Notre proposition est simple : ce qu’une académie a fait, toutes peuvent le faire.

  • Au ministère : généraliser la démarche par un cadre national, dans une circulaire complémentaire aux missions de 2015 qui formalise la consultation infirmière et son temps dédié, sans remettre en cause les acquis de cette circulaire.
  • Aux rectorats : s’inspirer sans attendre du courrier de Clermont-Ferrand. Nos secrétaires académiques le porteront dans chaque académie.
  • Aux chefs d’établissement : ouvrir la concertation avec l’infirmière sur l’organisation de son temps, et lui garantir un espace adapté à la confidentialité.

Et vous, que pouvez-vous faire ?

  • Faites connaître ce courrier autour de vous : il montre que l’institution elle-même retient le temps dédié.
  • Appuyez-vous dessus lors des échanges sur votre emploi du temps et l’organisation de votre service.
  • Contactez votre secrétaire académique SNIES-UNSA Éducation : nous porterons la demande auprès de votre rectorat et nous vous accompagnerons dans votre établissement si besoin.
  • Racontez-nous comment se passent vos consultations aujourd’hui : vos témoignages nourrissent nos dossiers face au ministère.

Une même logique : faire reconnaître ce que nous faisons déjà

Le temps dédié à la consultation et le futur diplôme d’État de niveau master, attendu au printemps 2027, vont dans le même sens : la reconnaissance de notre exercice. Infirmiers.com y a consacré un article le 16 septembre 2026, dans lequel le SNIES-UNSA Éducation rappelle sa ligne : un seul corps, un seul statut, une seule grille, une VAE accessible à toutes, et des missions écrites avant toute arrivée d’IPA.

Cette constance ne date pas d’hier. Dès 2009, le SNIES revendiquait l’universitarisation de la formation et une formation spécifique à l’entrée dans l’Éducation nationale. Notre boussole reste la même : les collègues auront-elles le temps, les moyens et la reconnaissance de faire ce que les textes leur confient ?

Un syndicat qui propose, et qui obtient

Du 3 au 10 décembre 2026, vous élisez vos représentantes. Pour que le temps dédié à la consultation devienne une réalité partout, donnez de la force au syndicat qui le porte.

Adhérer au SNIES-UNSA Éducation
Relire l’instruction de Clermont-Ferrand

Lundi prochain : épisode 2 des revendications du SNIES.

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