TRIBUNE | 27 mars 2026
Nous sommes 7 800 infirmières scolaires pour 12 millions d’élèves. Et au lieu de nous renforcer, le gouvernement prépare de nous retirer de l’Éducation nationale.
Un projet de loi soumis au Conseil d’État prévoit de transférer les 7800 infirmières scolaires aux Conseils départementaux. Ni les familles, ni les professionnelles n’ont été consultées. Le SNIES UNSA Éducation a adressé une lettre ouverte au Ministre Geffray. Voici pourquoi ce combat concerne tout le monde.
12 minutes. Pas par choix — par nécessité.
Il y a 7 800 infirmières scolaires en France. Et 12 millions d’élèves. Faites le calcul : chacune d’elles dispose en moyenne de seulement 12 minutes par enfant et par semaine. Douze minutes pour évaluer si ce mal de ventre cache une dépression. Si cette fatigue cache un drame familial. Si ce silence est un appel au secours.
Ce n’est pas assez. Elles le savent mieux que personne. Elles partent le soir avec le sentiment d’avoir laissé passer quelque chose. D’avoir dû choisir entre un élève et un autre. Ce sentiment-là, silencieux, ronge. Il épuise. Il fait douter des meilleures.
Alors que la réponse logique serait de les renforcer, le gouvernement prépare exactement le contraire : les retirer de l’Éducation nationale.
Ce qui se passe — concrètement
Un projet de loi de décentralisation est actuellement soumis au Conseil d’État. Il sera déposé au Parlement en juin 2026. Son objectif : transférer la gestion des infirmières scolaires de l’État vers les Conseils départementaux.
Le gouvernement ne dira pas le mot « suppression ». Il parlera de « proximité », de « simplification », de « meilleure coordination ». Ce que ces mots recouvrent : chaque département fixera ses propres règles, ses priorités, son budget. L’unité nationale du service de santé scolaire, construite depuis des décennies, sera brisée.
Pour les infirmières scolaires, concrètement : elles ne dépendraient plus du Ministère de l’Éducation nationale mais d’un élu local. Leur mobilité nationale serait supprimée. Leur indépendance professionnelle fragilisée. Et leur mission redéfinie selon les besoins du département — pas nécessairement auprès des élèves.
Notre polyvalence est notre richesse. Gardons-la.
Les infirmières scolaires sont polyvalentes, formées, disponibles. C’est précisément pour cela que les départements les convoitent. Ils ne les veulent pas pour servir les élèves — ils les veulent pour combler leurs propres manques sanitaires et sociaux. Elles seraient déployées là où le budget en a besoin. Pas là où l’enfant en a besoin.
| « Notre polyvalence est notre richesse. Mais si nous n’y prenons pas garde, elle deviendra notre tombeau. » Gwenaëlle Durand, Secrétaire Générale du SNIES UNSA Éducation |
Le résultat serait une santé scolaire à deux vitesses : présente dans les départements riches, absente dans les territoires fragiles. Là où les enfants en ont le plus besoin. Dans des zones où les déserts médicaux progressent, l’infirmière scolaire est parfois le seul professionnel de santé accessible à des enfants qui n’ont plus de médecin traitant.
Le Ministre savait. Il avait promis.
4 novembre 2025. Devant l’Assemblée nationale, le Ministre Geffray annonce 300 postes supplémentaires d’infirmières scolaires. Il cite lui-même les chiffres : 45 % des lycéens entrant en seconde présentent des troubles anxieux ou dépressifs. Il fait de la santé scolaire sa « troisième priorité ». Et il dit ceci :
« Mobilisées, elles font notre fierté et nourrissent notre espérance. » Édouard Geffray, Ministre de l’Éducation nationale — 4 novembre 2025
23 mars 2026. Cent quarante jours plus tard, son gouvernement soumet au Conseil d’État un projet qui prévoit de les transférer aux départements. On ne peut pas vouloir une école qui prend soin, et retirer les soignants de l’équipe.
Ce que nous faisons. Ce que vous pouvez faire.
Face à ce projet préparé dans le silence, le SNIES UNSA Éducation a agi :
→ Une lettre ouverte adressée publiquement au Ministre Geffray, lui rappelant ses engagements et exigeant une prise de position claire.
→ Un front intersyndical constitué avec nos partenaires UNSA Éducation.
→ Des démarches parlementaires engagées avant le dépôt du texte en juin 2026.
→ 7800 infirmières mobilisées, informées, prêtes à agir.
| Vous êtes parent, enseignant, citoyen ? → Parlez-en autour de vous. Partagez cet article. → Interpellez votre député ou votre sénateur. → Signez et diffusez notre lettre ouverte au Ministre. |
Gwenaëlle Durand
Secrétaire Générale — SNIES UNSA Éducation
Contact : snies@unsa-education.org
06 64 32 32 48
